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Patrick Ferrieux
Le 22 juillet 2018

Zen et Tai Chi : Patrick Ferrieux dans Dragon Magazine n°35

Tai-Chi Chuan et méditation se soutiennent.

Le tai-chi chuan est souvent classé comme art martial interne. Quelle est la différence avec les arts martiaux dits "externes"? Est-ce l'utilisation des muscles, quiserait spécifique à ces derniers? ? Réponse insuffisante car sans tonicité musculaire, le corps ne deviendrait qu'un paquet mou, sans efficacité martiale. Il faut que certains muscles restent actifs même quand l'action est "interne". La véritable question serait donc: «quelle part la composante musculaire occupe-t-elle dans une action efficace?».

Tout d'abord, le Tai Chi Chuan inclut des pratiques dites externes. Pour les développer, l'imitation, l'entraînement et la répétition de la forme sont les soutiens adéquats. Chaque élément de la forme peut être examiné: la position des mains, des coudes, celle de la tête, ou celle du ventre. Mais aussi: l'orientation des pieds, des genoux… Et plus globalement:le déclenchement simultané du geste par les différents segments du corps, le rythme, l'allure générale du mouvement... Tout cela se voit de l'extérieur, se travaille, mais comment? Le travail peut se faire de façon «externe» comme on s'entraîne à soulever de la fonte. Mais une façon «interne» de travailler ces aspects fait appel à des attitudes qui sont toutes nourries par… la méditation.

La meditation ne peut pas être résumée à l’attitude statique et contemplative que l’on se représente souvent. Elle est au contraire l’alternance de deux attitudes complémentaires: parfois une attitude d'esprit concentrée, volontaire, focalisée. Parfois un lâcher prise, l'abandon au mouvement qui se fait de lui-même. Cette alternance est justement un aspect majeur de la méditation que je pratique quotidiennement, l'assise zen nommée zazen.

Ainsi la pratique méditative est une source d'influence utile pour l'entraînement, même dans son aspect externe. Elle permet évidemment de développer aussi la dimension interne du Tai Chi Chuan. Elle déploie le circuit du souffle. Elle facilite l'ouverture articulaire. Elle règle l’équilibre entre le tonus et la détente. Dans la lignée du happy chi dans laquelle je m'inscris, la méditation taoïste est un must pour les enseignants. Même si la forme précise de cette méditation, enseignée par maître Chu King Hung, diffère de celle du zazen. La position des mains, des genoux, la configuration de la respiration sont différentes...

Pour ma part je constate que la pratique quotidienne du zazen influe fortement sur ma pratique du Tai Chi Chuan, fluidifie mes gestes, et facilite la circulation du chi dans les exercices à deux. Car le développement de l'une et de l'autre de ces dimensions, interne et externe, nécessite d'être vérifiée. Et c'est le cas grâce à la pratique à deux. Durant les tests à deux nous vérifions, sur une séquence de la forme, le réalisme du geste face à une attaque de poing ou de pied. Le maintien de l'enracinement pendant la poussée des mains, en cercle plat, à une main ou à deux mains, permet de vérifier son écoute du geste de l'autre et la cohérence de son propre positionnement. Dans ces pratiques, ce sont les deux dimensions qui sont testées ensemble. La qualité de l'action externe, musculaire, du placement et des orientations. La qualité énergétique interne, c'est-à-dire la capacité de détecter dans le corps du partenaire les lieux de ses blocages et de ses fuites énergétiques pour l'influencer et même l’entraîner dans son souffle.

Au cours de l’exercice, la dimension sur laquelle s’appuie l’efficacité d’une poussée apparaît clairement. Même si vous durcissez vos muscles et que vous vous accrochez au sol, un adversaire apparemment doux et souple peut vous déraciner en vous emportant dans son inspiration pour ensuite mieux vous rejeter d'une seule expiration. Inversement, si vous misez tout sur le chi mais négligez vos alignements et votre volume, vous ne déracinerez personne. C'est dire que l'alliance entre ces deux dimensions fait partie de notre art. Chacun la dose selon son expérience, et la rencontre avec le partenaire développe cette complémentarité. Là encore, la méditation produit tous ses effets, observables en plusieurs point. En premier lieu elle assure la continuité de la présence à son corps malgré les distractions proposées par l'esprit. En second lieu elle facilite le passage d’un état de détente à celui de tonicité.

En definitive, il me semble que la pratique de zazen , produits des effets sur la pratique du Tai Chi Chuan. J’observe que si la méditation est effectivement pratiquée sans but particulier, elle n’est pas pour autant sans effet, et cet entraînement rejaillit sur ma pratique martiale. Réciproquement, la pratique du Tai Chi Chuan soutient celle du zazen. Je le constate dans mon corps dès la séance d'assise qui suit un entraînement. La posture est plus souple, le corps trouve plus rapidement la position juste, le dos se redresse sans effort, le ventre est plus détendu. C'est qu'il y a bien une dimension "externe" de l'assise zen: la bascule délicate du bassin et la précision des alignements sur l'axe vertical. Mais aussi: le placement des mains, le contact de la langue avec le palais. Autant de points d'attention physiologiques que le Tai Chi Chuan nourrit en développant la perception la plus fine du corps en mouvement.

Car même dans l'assise immobile le corps reste en mouvement, ne serait-ce que sous l'effet des vagues de la respiration et des battements du cœur. Et la dimension interne de l'assise? C'est la façon dont nous laissons glisser dans le cœur et l'esprit les nuages de nos obsessions, de nos inquiétudes et de nos tristesses. Une attitude en résonance avec la discipline martiale qui maintient aux aguets, rend vigilant aux détails de chaque instant. Une attitude qui gagne en consistance grâce à l'appui que nous trouvons dans la présence corporelle tranquille, toujours disponible, affinée par une pratique régulière non seulement du zazen mais de notre art martial.

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